Géologie des Vosges

« Au fil du temps, contes et chroniques » , de Jean-Paul VON ELLER, 2009.

« Il m’était difficile de ne pas concocter quelques réflexions après avoir visité le centre-expo géologico-minéralogique « Terrae Genesis » de Saint-Amé (Vosges, commune du Syndicat). On reste subjugué par la splendeur et un peu troublé par l’accumulation de trésors scintillants ou polis, des plus petits aux plus majestueux, des plus communs aux plus précieux.

Les trésors de Terrae Genesis dans les Vosges
Les trésors de Terrae Genesis dans les Vosges Photo: Valérie Doulevant

Cet envahissement s’est doublé de ruminations intérieures, portant autant sur des espèces minérales que sur des assemblages lithologiques des plus originaux, voulus par les confins de notre bonne vieille croûte terrestre où mijotent des magmas tantôt peinards, tantôt imaginatifs et agités, voire démonstratifs. Couleurs vives, éclat mat ou brillant, géométrie stupéfiante de variété, réaction mirobolante en lumière noire d’objets et de corps cristallins ou mamelonnés. Petits échantillons minéraux aux formes arrondies, et si doux au toucher par un polissage méticuleux, mis en vente à la disposition du public. Des noms ? Mon propos serait envahi par 1 500 termes de minéralogie et de gemmologie. On en retiendra par la suite quelques-uns dans le contexte de cette page.

Sol formé de différents granits Photo: Valérie Doulevant

De l’exploitation au produit fini

Comment ne pas avoir une pensée pour tous ceux qui, du début de la chaîne (exploitation ou trouvaille) à la mise en valeur (exposition ou orfèvrerie) ont été les acteurs de cette mise à jour des trésors de notre planète ! Chercheurs d’or, farfouilleurs, clandestins ou non, de mines produisant des gemmes en Afrique du Sud, à Madagascar, aux Indes ou en Birmanie, en Amérique Centrale entre autres : autant d’êtres passionnés ou avides de gains inespérés qui ont bien souvent fait, à cette tâche, le sacrifice de leur vie.

Carrière de granit dans les Vosges selon une carte postale du début XXème siècle
A découvrir à Terrae Genesis

Artistes, artisans, sélectionneurs, collectionneurs : autant d’amoureux de ces merveilles minérales soucieux de leur fournir des écrins à la dimension de leur éclat ou d’en parer les plus nantis parmi leurs semblables… Sans oublier ici le commerce et le troc qui se pratiquent dans des bourses aux gemmes et minéraux, de plus en plus nombreuses et de notoriété croissante.

Allusions bibliques

Complaisons-nous quelques instants dans l’évocation de certaines allusions bibliques étonnantes par leur convergence et par la science des gemmes qui s’y rattache, énoncées dans un laps de temps d’un millénaire. Voyez, dans l’Apocalypse de Saint-Jean, dernier livre du Nouveau testament la présentation de la nouvelle Jérusalem « par l’un des sept anges » au cours du chapitre XXI, 2-18 : les onze fondations de la ville seront ornées de pierres précieuses : de jaspe, de saphir, de calcédoine, d’émeraude, de sardonyx, de sardoine, de béryl, de topaze, de chrysoprase, d’hyacinthe, d’améthyste. Les douze portes seront ornées de perles, la place de la ville sera couverte d’or fin ! Où l’auteur a-t-il puisé ces mots savants ?

Sans doute s’inspira-t-il de l’énumération, au chapitre 28-7 du prophète Ezéchiel vers 580 avant notre ère. Dans la complainte du roi de Tyr inspirée par l’Eternel, on relève : « tu étais en Éden, le jardin de Dieu, tu étais couvert de toutes espèces de pierres précieuses : de sardoine, de topaze, de diamant, de chrysolite, d’onyx, de jaspe, de saphir, d’escarboucle, d’émeraude et d’or » …
Si l’on remonte au temps de Moïse, durant l’Exode, cette « sortie d’Égypte » à laquelle il procéda vers 1050 avant notre ère, Moïse (XXVIII, 3-17) fit à Aaron des recommandations à propos de son pectoral royal, dit pectoral du Jugement : « tu y enchasseras quatre rangées de pierres précieuses, sardoine, topaze et émeraude, escarboucle, saphir et diamant, opale, agate et améthyste, chrysolite, onyx et jaspe ».

Le mystère biblique et les gemmes

Mais où donc ces bougres de personnages bibliques de premier rang ont-ils puisé leurs connaissances des gemmes ? Où trouvait-on, de manière apparemment courante, ces pierres précieuses, exotiques pour la Terre Sainte ? Comment travaillaient les orfèvres d’alors ? Pour moi, simple mortel, cela reste un mystère. Dans le blanc, entre le rouge et le vert, avez-vous remarqué au centre du drapeau de l’Inde, ce petit rond moelleux et bleuté ? C’est un chakra*, un objet rond comme le disque solaire, attribut de la divinité hindouiste Vishnu – qui peut prendre forme humaine alors appelée avatar. Soulignons que l’hindouisme est une religion datant du deuxième millénaire avant notre ère !

Sept chakras

En simplifiant beaucoup, soulignons que l’on privilégie sept chakras activant symboliquement sept centres psychiques ou vitaux alignés selon l’axe de la colonne vertébrale, inhérents au corps humain « éthéré » et censés stimuler : la conscience, la sagesse, la spiritualité (au-dessus de la boîte crânienne), – la connaissance de soi, le pardon (niveau du front/chiasma optique), – la communication, la créativité (gorge/larynx), – le courage, l’amour (cœur), la paix intérieure, les émotions négatives (estomac/plexus solaire), – sensualité, famille, altruisme (nombril et région sacrée), – sexualité, énergie pulsionnelle (région pelvienne). Des variantes de ces considérations symboliques, toujours au nombre de sept et fondées sur les quatre principes fondamentaux des chakras (en bref : 1. Croyance en la réincarnation de l’âme ; 2. Apparence – passion – désir ; 3. Extase ; 4. Délivrance), peuvent être proposées. Enfin une multitude d’autres chakras sont susceptibles d’intervenir tant dans notre art de vivre que dans notre comportement vis-à-vis des autres.

Soins par les minéraux

Il est opportun de signaler ici le rôle des cristaux et des gemmes qui entreraient en résonance avec les chakras, activant ainsi l’amélioration de notre bien-être, la manifestation de nos émotions ou de notre énergie, l’équilibre de notre santé tout court. Ces propriétés ont inspiré depuis des siècles, et jusqu’à ce jour, des praticiens se disant « lithothérapeutes » (pratique de soins médicaux par des éléments minéraux solides). Ne parlons pas des galets ou des boues basaltiques appliquées en accompagnement de certaines cures thermales. Il s’agit de la manipulation d’une bonne centaine de gemmes colorées, arrondies et polies, de poudres minérales en suspension ou en solution, utilisées en application ou en dégustation.

Pierres et chakras Dessin: France-Mineraux

Et ce pour atténuer des douleurs diverses, pour insuffler énergie et force intérieure, pour protéger le sujet de menaces extérieures, à l’instar d’un ange gardien. Le quartz et ses dérivés cristallins ou colloïdaux jouent dans ce domaine un rôle privilégié : ce qui conduit à certaines pratiques de voyance comme la lecture dans la fameuse boule de cristal ! Esotérisme, pseudo-science ou réelles pratiques paramédicales ? À chacun d’y répondre selon son quant-à-soi, son expérience et … ses croyances. «

23.10.09 Jean-Paul VON ELLER, Au fil du temps, contes et chroniques 2009, illustrations de Michel Brun, Le Robinson éditeur, 2010, 231 pages, ISBN 978-2-9527970-6-1, pages 199 à 202.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *