Affrontements en Tunisie

Eaux troubles en Tunisie

Selon certains médias européens, la Tunisie va mieux, puisque le tourisme repart à la hausse…

Tourisme en berne en Tunisie Photo: Valérie Doulevant

Mais vu de Tunisie, le sentiment est tout autre: une grande marge de la population voit son niveau de vie baisser, ils pensent qu’ils se sont soulevés contre une dictature en janvier 2011 en espérant y gagner une vie plus digne… mais ce ne fut pas le cas. La fracture sociale est toujours flagrante ; un pays qui évolue à 2 vitesses : d’un côté l’enrichissement outrageux de certains et la paupérisation du plus grand nombre de l’autre.

Dessin de notre nouveau collaborateur: Frédéric Lepage

La révolte populaire gronde

Le constat est toujours le même sur l’austérité, sur les inégalités sociales, sur la  marginalisation d’une partie de la population. Egalement inégalité dans la répartition des richesses au niveau des régions.

Depuis le 9 janvier 2018, les affrontements ont repris entre manifestants et forces de l’ordre pour la deuxième nuit consécutive dans plusieurs régions du pays.

Les protestataires, dont des jeunes écoliers et lycéens (et certains vandales), ont incendié des pneus et  dans certains cas, bloqué des rues ou routes et lancé des pierres sur les forces de l’ordre qui ont répliqué par des jets de gaz lacrymogène.

L’armée a été dépêchée pour protéger les établissements étatiques, mais également les supermarchés, et pour éviter les pillages.

Dans plusieurs villes des bâtiments publics ont été endommagés lors de ces manifestations, et, selon le ministère de l’Intérieur, des dizaines de personnes ont été arrêtées.

Ces incidents exprimeraient le mécontentement  suite à l’augmentation des prix et les nouvelles mesures d’austérité prévues par le gouvernement dans la loi de Finances 2018.

Confrontations dirigées? Spontanées? Populaires? Politiques?

Des heurts ont eu notamment lieu à La Manouba  (El Jdaïda  gouvernorat de la Manouba), Kélibia, Ben Arous, Hammam Chatt,  Nabeul, Korba, gouvernorat de Nabeul. Hammamet Nord, Siliana, Menzel Bourguiba et Zarzouna. Sousse (Bouhsina  – Sahloul  – Kalaa Kbira …), Sfax, Kébili, Béja, Nefza, Gafsa, Jelma gouvernorat de Sidi Bouzid, Tebourba…

Youssef Chahed, intraitable

Le chef du gouvernement, Youssef Chahed, quant à lui affirme que la violence ne sera pas acceptée et que le dialogue est la solution.

Commentant les événements sur une radio tunisienne, le chef du gouvernement  a estimé que ce sont des actes de violence et de vandalisme et non pas de protestation. “Dans les démocraties, il n’y a pas de protestations nocturnes” a-t-il martelé en affirmant que la loi sera appliquée sur les casseurs et leurs donneurs d’ordres. Il a  rappelé que le droit de manifester est garanti par la loi et que le gouvernement est prêt à entendre les personnes qui revendiquent et protestent pacifiquement. Affirmant que des rumeurs, de  fausses informations sont véhiculées sur les réseaux sociaux. “Nous de notre part, on doit clarifier les choses. Il en est de même pour les partis politiques et les organisations qui doivent nous aider à clarifier la situation à l’opinion publique et à apaiser la tension” a-t-il ajouté.

Tunisia’s Prime Minister-designate Youssef Chahed speaks during a news conference after his meeting with Tunisia’s President Beji Caid Essebsi (not pictured) in Tunis, Tunisia August 20, 2016. REUTERS/Zoubeir Souissi

Dernière année difficile pour la Tunisie

Par ailleurs, il a affirmé que la question relative à « l’augmentation  excessive des prix est exagérée. »

Il est vrai que la Tunisie passe par une période difficile, mais il y a les prémices d’une amélioration de la situation du pays” a-t-il répliqué en ajoutant que “2018 sera la dernière année difficile pour la Tunisie”.

Puisse-t-il dire vrai…

Patrizia Milazzo