Révolution tunisienne: 6 ans plus tard…

Tunisie: désabusés, mais pas désespérés…

En février 2011, le soulèvement d’une population asphyxiée par le pouvoir, les abus de toutes sortes, un président totalitaire et les problèmes quotidiens que cela engendre, a ouvert la voie à une libération, une idée d’un avenir meilleur pour la Tunisie.

Plus de six ans se sont écoulées depuis janvier 2011, une révolution qui promettait en Tunisie. Mais les tunisiens paraissent quelque peu désabusés, pour ne pas dire déçus. Leur vie ne s’est guère améliorée, voire pas du tout: le chômage est plus que présent, les gouvernements successifs n’ont pas apporté les solutions attendues et l’ambition est toujours de mise dans les milieux politiques.

La grande majorité des hommes et des femmes politiques actuels tunisiens sont des opportunistes qui cherchent le profit immédiat et rapide. Il existe encore quelques personnalités honnêtes,  malheureusement elles sont trop souvent marginalisées.

Confusion entre démocratie et incivisme en Tunisie

Un manque total d’efficacité de la part des gouvernants, avec une main mise du parti Ennahda qu’il ne faut pas éluder, l’abus de pouvoir (comme partout mais encore davantage dans ce pays déstabilisé), le népotisme… bref on a changé de “dictateur” mais pas de méthodes…
De plus, les citoyens tunisiens semblent avoir confondu “démocratie” et “incivisme”…

Pour preuve : des fonctionnaires désabusés et l’absence de prise de décision des municipalités.

Une exception est à saluer côté Etat tunisien : la bonne gestion de la “sécurité”. Il faut dire qu’ils étaient déjà bien équipés de ce côté-là sous Ben Ali !

Quant à l’économie tunisienne: le tourisme est en berne, le dinar chute chaque jour davantage,  pas de respect des uns et des autres ni de l’environnement, la saleté dans les rues est de mise… tout est à l’avenant.

Efforts individuels à noter

On peut cependant saluer les efforts de certains tunisiens “optimistes” qui prennent des initiatives ça et là pour se substituer à l’état (des petits groupes de riverains qui nettoient leur quartier, des opérations positives sporadiques, des associations éducatives au gré des volontés individuelles…)

Côté peuple, sur le terrain, les tunisiens et en particulier les jeunes ont perdu toute confiance dans les partis politiques et dans la grande majorité des hommes politiques, comme le montrent tous les sondages d’opinion : trop de promesses non tenues.

 Vers un parti théocratique?

La Tunisie vit pourtant en ce moment des moments importants qui bâtissent son avenir et l’avenir des générations futures.

Un retour vers la dictature et le régime du parti unique (qui risque cette fois ci d’être un parti théocratique) est non seulement possible mais même probable.

Pouvons-nous tout de même espérer sauver ce pays, ce beau, ce merveilleux, ce formidable pays qu’est la Tunisie, qui a mis des décennies à devenir civil et moderne? Pouvons-nous éviter une théocratie vers laquelle il a l’air de se diriger « tout direct » ? Sur qui compter ? Les femmes ? Les jeunes ? La poignée d’intellectuels qui n’osent pas se mouiller ? La classe populaire qui fait partie des délaissés et qui ne croient plus à l’Etat providence ?

Ou faut-il croire à toutes les Tunisiennes et à tous les Tunisiens, hormis ceux qui ont le pouvoir? Il est temps; il est plus que temps!

Valérie Doulevant et Pat

Vue sur les eaux claires tunisiennes depuis Sidi Bou Said, du fameux Café des Délices Photo: Valérie Doulevant

Hôtel quasi déserté Photo: Valérie Doulevant